Ligue des Champions : Les huitièmes merveilles du Monde

13

La patte gauche de Dušan Tadić. Le coude de Presnel Kimpembe. La forte tête de Cristiano Ronaldo. Les acteurs défilent, les frissons restent. Si le concept de “Remontada” s’est (un peu trop) démocratisé ces derniers jours, c’est parce que le football a décidé de nous offrir ce qu’il a toujours eu de plus beau en magasin, à savoir de l’émotion.


​​Pourtant, tout avait timidement commencé. Sept des huit premières manches jouées n’avaient pas vu leur tableau d’affichage évoluer avant la pause, seuls Schalke 04 et Manchester City ayant trouvé le chemin des filets au bout de quarante-cinq minutes. Pire encore, aucune réalisation à signaler sur toute la soirée du 19 février, dont le casting comprenait tout de même Memphis Depay, Luis Suarez, Mohamed Salah et autres Robert Lewandowski. Il était écrit ce soir-là que tout le monde resterait muet.

Comme il était écrit, le 12 février, que son triomphe à Manchester (0-2) venait de permettre à Paris d’enfin franchir le cap tant espéré. 

Comme il était écrit, dès le lendemain, Madrid avait réussi à contourner le piège tendu par une jeunesse hollandaise aussi fougueuse que naïve (1-2). 

Comme il était écrit, une semaine plus tard, que combiner rage et malice permettait de renverser des montagnes, alors qu’on imaginait bien la Juventus revenir une seconde fois au Wanda Metropolitano à l’aube du mois de juin.

Sans que l’on sache vraiment où, il était aussi écrit quelque part que le football n’avait pas dit son dernier mot. Que le meilleur était à venir. Que la notion d’inexpérience, en théorie si compromettante à ce stade de la compétition, deviendrait toute relative. Que le tremblement de terre, en somme, était imminent.

C’est au Santiago-Bernabéu que furent ressenties les premières secousses.

Frenkie De Jong

Un novice du nom de Frenkie était en mission. Accompagné de toute une troupe vexée par la leçon de réalisme reçue à l’aller, la nouvelle pépite du Barça rêvait secrètement de fustiger son meilleur ennemi de demain. Il le fit avec brio, orchestrant d’une main de maître un savoureux mélange des genres, dans lequel vieux briscards et jeunes pousses jouaient ensemble une parfaite symphonie. 

Il faut voir avec quelle insolence Tadić avait éliminé Casemiro, d’une roulette augurant implicitement le retour de Zinedine Zidane à la maison, avant de servir le feu follet David Neres sur un plateau. 

Ou encore avec quelle maîtrise Lasse Schöne logeait le cuir dans la lucarne opposée de Thibaut Courtois, nous ramenant à certains de nos plus beaux souvenirs “juninhesques”. Un triomphe aussi éclatant que rafraîchissant.

D’un maestro, nous passons à un autre. Celui-ci connait déjà la cour des grands, et cache dans son armoire une médaille de champion du monde. Trois semaines auparavant, il venait d’inscrire son premier but professionnel dans l’un des plus mythiques stades britanniques. Lui, le gamin de Paris, était de ceux dont les pieds tenaient encore en place, tandis que ceux de ses camarades tremblaient incessamment depuis la reprise.

La faute à Gianluigi Buffon, la faute à Thilo Kehrer. La faute, surtout, à un manque criant de caractère. Lui, le gamin de Paris, se sacrifia pour repousser en corner la première et dernière réelle offensive mancunienne. Lui, le gamin de Paris, vit dès lors le ciel lui tomber sur la tête.

Le sort se veut cruel, certes. Mais il se veut dans le même temps magnifique pour Mason Greenwood, cet adolescent anglais qui a fini la rencontre avec un maillot floqué quelques heures auparavant à la boutique du ​PSG, tant son apparition sur le pré relevait de l’invraisemblable. Nul doute qu’Ole Gunnar Solskjær, dans sa causerie, a su user de cette anecdote pour dédramatiser l’enjeu du soir, et permettre aux siens de lentement débroussailler le chemin de l’exploit.

Ashley Young

Tottenham, loin d’être impressionné par le vacarme du mur jaune de Dortmund (0-1), et Porto, également renversant face à la Roma (3-1 a.p), furent les deux autres lauréats de cette épique semaine. Nous accueillions alors avec un certain soulagement les quelques jours de répit qui s’offraient à nous.


“Préparez-vous pour le come-back !assénait ​Cristiano Ronaldo, sur la chaîne de la Juventus, avant le match retour.


De la bouche de quelqu’un d’autre, cela aurait résonné comme de la présomption. Mais quand les mots proviennent de celle d’un quintuple Ballon d’Or qui s’y connait en scénarios rocambolesques, on laisse dire. Puis on attend. Puis on constate. 

D’emblée, la furie des gradins trouve prolongement sur le terrain. Les Turinois ne daignent même pas laisser de miettes aux Madrilènes. Au contraire, ils étreignent un peu plus leur adversaire minute après minutes. 

La tactique employée est bien connue des écoles de football. Les Bianconeri écartent inlassablement le jeu, cherchant à se mettre dans les meilleures conditions de centre pour ensuite trouver la tête de Cristiano, si possible en contournant l’imperméable charnière uruguayenne de l’Atlético.

Cela fonctionne à merveille, CR7 passant devant Juanfran pour ouvrir le score. Conscient de la facilité de la tâche, c’est entre les deux colosses mentionnés plus haut qu’il renouvellera avec brio l’expérience, comme pour se convaincre que nul être normalement constitué n’est encore en mesure de l’arrêter. Quelques instants plus tard, la puissance de son pied droit permettra au Juventus Stadium de s’embraser pour de bon. 

Dans leur route vers le sacre final, les champions d’Italie se sont donc autorisés une halte au Paradis. Et ils peuvent remercier pour cela Ronaldo, qui en détenait les clefs depuis le début.

Les Espagnols, quant à eux, ont de quoi se consoler. Dans le même temps, ce ne sont pas trois mais sept buts que leurs homologues allemands ont concédés à l’Etihad Stadium

Fort heureusement, l’honneur des joueurs de Gelsenkirchen pourra être sauvé par la force de frappe retrouvée d’un Bayern Munich serein à Anfield Road (0-0). Que nenni. Défait à Naples, à Belgrade et au Parc des Princes en phase de poules, Liverpool renoue avec le succès à l’étranger de fort belle manière (3-1). Virgil van Dijk, encore lui, et Sadio Mané, auteur d’un doublé, sont les grands bonhommes de la soirée.

De quoi marquer la fin d’un enivrant mois de football, pourrait-on croire.

Mais non. 

Messi.

Source Article : Lire l’article complet

libero leo. nunc suscipit Curabitur facilisis ante. mi, vulputate, consectetur